Après une crise en 2019, Permafungi, pionnier de l’économie circulaire réalise sa métamorphose! Depuis sa création en 2014, PermaFungi c’est :

  • 10 000 personnes sensibilisées à l’économie sociale et circulaire
  • 250 tonnes de marc de café recyclé
  • 35 tonnes de champignons bios et locaux
  • 8 tonnes de chicons en économie circulaire
  • 150 Lumifungi vendus
  • 40 000 km à vélo pour récolter le marc de café et livrer les champignons

Interview par Caroline Bini de Groupe One, Juin 2020

Fin 2019, c’était STOP ou ENCORE pour Permafungi. La perte des subsides d’insertion socio-professionnelle en est-elle la seule cause ?

En effet, nous avons vécu une grosse crise mi-2019. Mais la cause principale était plutôt une transition managériale qui n’a pas bien fonctionné, à un moment où notre projet était arrivé à un niveau de maturité demandant des changements opérationnels importants ainsi qu’une évolution en matière de gouvernance. On peut dire, en quelques sortes, que notre projet traverse son adolescence.

En ce qui concerne les subsides d’insertion socio-professionnelle, nous ne les avons pas ‘perdus’, cela a été un choix réalisé pour préserver les emplois créés. En effet, suite à la réforme de l’agrément en économie sociale, nous aurions dû modifier nos statuts mais surtout dans le futur, renouveler tous les 6 mois les travailleurs en insertion pour les remettre sur le marché. Nous avons fait ce choix même si compenser ces 40.000€ annuels représentait une perte de revenus de +-10% et allait nous demander de vendre 6 à 7 tonnes de champignons en plus par an.

Pour augmenter nos revenus, nous allons effectuer de nouveaux travaux d’aménagements cet été rendus possible grâce à la campagne de crowdfunding.

Avez-vous atteint votre objectif avec votre campagne de crowfunding?

Notre campagne de crowfunding a dépassé largement nos objectifs ! Notre objectif était de 25.000€ et nous avons collecté 33.940€, c’est une somme énorme ! Ce succès est autant un soutien moral que financier. Nous remercions chaleureusement tous les participants. On a également remarqué, lors de visites de la champignonnière, un regard différent des visiteurs, ceux-ci posent des questions sur nos difficultés et nous sommes plus transparents sur nos challenges.

Avec une équipe diminuée, sera-t-il possible de relever le défi du changement d’échelle ?

Oui ! La polyvalence de l’équipe permet une bonne résilience. De plus, nous nous sommes recentrés sur la production de pleurotes, en arrêtant notamment la culture de chicons qui n’était pas rentable et demandait beaucoup de travail. Les travaux qui démarrent dans l’atelier de production vont largement augmenter la productivité, grâce à l’amélioration des conditions de fructification via un système d’aération performant. Nous souhaitons également augmenter encore la logistique inverse, qui est utilisée déjà pour 50% de la collecte du marc de café, et ainsi en réduire encore les coûts. Et nous comptons engager au minimum une personne dès septembre.

Afin de garder l’aspect local de notre production, notre changement d’échelle passera par la décentralisation, donc le développement de plusieurs champignonnières locales qui auront leurs propres fournisseurs et clients locaux. Mais nous souhaitons d’abord atteindre l’autofinancement du site de production bruxellois avant de le dupliquer, ce qui devrait être le cas d’ici la fin de l’année.

Comment vous différenciez-vous de ces concurrents moins chers ?

Notre force est de ne faire aucune concession sur l’environnement et le social, c’est notre atout économique ! A Bruxelles, Permafungi est le seul à réaliser la production bio, locale et circulaire de champignons, et nous sommes également la plus grande production de ce type en Belgique.

Nous recyclons 5 tonnes de déchets de café par mois et 99% de nos matières premières proviennent de Bruxelles (marc de café, paille). Seul le mycélium vient de Gand. Et ces externalités positives qui engendrent un coût réel ne se voient pas dans le produit final et sont donc plus difficile à valoriser. En particulier, nous devons faire face à une concurrence déloyale d’autres projets qui prétendent que leur projet entièrement linéaire est circulaire. Grâce à ce « circular washing », ils tentent de convaincre nos clients avec un prix plus bas.

Nous devons donc investir plus dans notre communication et notre marketing. Notre challenge est de mieux communiquer vers nos clients, les magasins et restaurants, afin qu’ils perçoivent ces plus-values en matière d’externalités positives et puissent les faire comprendre ensuite à leurs clients, les consommateurs.

Selon toi, quel(s) type(s) de soutien manque(nt) encore à Bruxelles pour les entreprises en agriculture urbaine ?

Je trouve que nous avons été bien encadrés, bien soutenus, et avons bénéficié d’une bonne visibilité. Aujourd’hui le gouvernement va dans le bon sens en matière de transition de l’économie. Hub est très présent. Pour moi c’est suffisant, c’est principalement à l’entrepreneur de trouver les solutions ! Et pour échanger avec d’autres entrepreneurs, nous sommes membres de 3 réseaux, Réseau Entreprendre, Cluster Circle Made et Ashoka.

S’il y a une chose prioritaire à changer, c’est l’administratif qui reste compliqué et chronophage.

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui se lance dans l’entreprenariat ?

Je leur dirais 2 choses.

La première est de définir au plus vite la vision de leur projet et pourquoi ils le réalisent, dans le jargon on dit « définir son WHY » : qu’elle est la raison de leur engagment. La rentabilité économique ? L’impact social ou environnemental ? Connaître son why et garder le cap est indispensable !

Je leur dirais aussi de ne pas avoir peur de faire évoluer leur projet aussi souvent que possible, peu importe le domaine. En particulier, la question de la gouvernance a été un thème central chez PermaFungi ces dernières années.

Pour toi Julien, qu’est-ce qu’un entrepreneur ?

Je n’aime pas trop les termes qui cloisonnent. Mais je dirais qu’un entrepreneur est quelqu’un qui trouve une solution à un problème existant et parvient à la mettre en œuvre, sans forcément une question de valorisation.

Où trouver les produits de Permafungi

www.permafungi.be/boutique + livraison à vélo

– Magasins bios: leurs pleurotes sont en vente presque dans tous les magasins bio de Bruxelles. La fraîcheur et la qualité sont assurées par une récolte quotidienne. Cliquez sur la carte pour découvrir tous leurs points de vente.

– Compost ou autre achat direct à Tour et Taxis: sacs de 5 à 6kg de champost pour 2€

– Dès septembre 2020, il sera possible de venir chercher les produits au nouveau magasin à Tour à Taxis.