Après trois années passées sur l’Espace-test Graines de Paysans, Jean-Philippe Gomrée entame, en 2020, sa quatrième saison de maraîchage des « Garçons Maraîchers » sur un nouveau terrain de 20 ares à Jette, à proximité de la Ferme pour enfants de Jette et du projet « Houblons de Bruxelles ».

Interview par Caroline Bini de Groupe One, Juin 2020

Quel type de produits offrez-vous?

Les Garçons Maraîchers fournissent une sélection de légumes de saison aux variétés originales et anciennes, destinée aux artisans cuisiniers et aux particuliers.

Ma méthode de culture biologique est inspirée par les maraîchers nord-américains qui se sont réappropriés les techniques des maraîchers parisiens de la fin du 19ième siècle, elle consiste à produire sur une petite surface tout en optimisant la production : on utilise l’espace de la plante pour ne pas devoir désherber, on travaille manuellement la terre en respectant le sol, on ramasse à la main les denrées, etc…

Comment s’est déroulé le démarrage de votre activité et qui vous a accompagné ?

En 2014, j’ai suivi la formation en maraichage biologique de la Mission Locale d’Etterbeek et le parcours entrepreneurial en alimentation durable chez Groupe One. Ensuite, en 2016 j’ai été accompagné en Brabant Wallon par Créajob (cellule agro-tourisme) et j’ai pu bénéficier de leur couveuse durant 18 mois.

Je me suis installé à Anderlecht sur l’espace test de Graines de Paysans en avril 2016, sur le site du Vogelenzang, et ai donc effectué les premiers achats de matériel via le numéro de tva de la couveuse Créajob.

En 2017, mon associé a quitté le projet et je me suis retrouvé seul sur 60 ares à travailler manuellement !!! c’était chaud !! Dès 2018, nous avons commencé les négociations pour le terrain communal à Jette, et l’aide de Terre-en-Vue a été indispensable pour obtenir en 2020 la mise à disposition du terrain pour 10 ans. Là on finalise l’installation des serres et j’ai déjà planté les tomates !

Que vous a apporté l’espace test « Graine de paysans »?

L’espace test m’a permis d’accéder à l’essentiel : un terrain et des infrastructures : serres, motoculteurs, conteneurs stockage, irrigation. J’ai également pu bénéficier d’ateliers collectifs, par exemple j’ai pu apprendre à réaliser des vidéos moi-même, sur mon smart phone.

A partir de 2018, j’ai participé à l’accueil des nouveaux (2 tisanières et 1 maraîcher) et j’ai pu valoriser mon expérience pour former les stagiaires de la formation en maraîchage biologique sur le site, en étant engagé par la Mission Locale St gilles . J’adore ce métier de formateur !

Pour mon installation après le test, en plus de l’aide précieuse de Terre-en-Vue, j’ai été et suis toujours super bien soutenu par Alice du Début des Haricots, par exemple pour des mises en contact, la question des permis et autres démarches administratives, ou m’accompagner en réunion. Elle m’a aidé également pour obtenir la prime COVID et pour répondre à l’appel à projet Good Food; sa belle énergie me motive énormément  !

Votre projet a-t-il nécessité une aide financière ?

Je n’ai reçu aucune aide financière depuis 2016, sauf la prime Covid; j’ai pu financer moi-même 4.000€ de petit matériel, et environ 1200€/an pour semences et plants ; mais en 2020, je voudrais rentrer une demande pour cofinancer les serres, des conteneurs de stockage, une chambre froide, et peut-être une remorque pour mon vélo .

Que pourrait-on encore améliorer dans l’accompagnement des agriculteurs urbains à Bruxelles ?

Pour moi le rôle des différents acteurs de l’accompagnement était parfois flou. Et quand on est sur le terrain, avec des questions hyper concrètes/urgentes à régler, la lenteur des réponses est parfois stressante.

Ce qu’il faudrait encore développer, ce sont des modes de distribution /commercialisation des produits bruxellois vers les restaurants, magasins et consommateurs bruxellois.

Quelles nouveautés / prévisions pour le futur ?

Au niveau culture, je vais pouvoir cultiver des légumes plus pérennes au lieu des annuels, par exemple j’ai déjà planté des artichauts. Au niveau distribution, je vais commencer à vendre sur le champ (apd août), et je serai bientôt présent sur le marché durable « Jette Met », ce qui va me demander une nouvelle organisation logistique, peut-être avec un vélo cargo.

Le terrain est grand et les parcelles restantes vont faire l’objet d’un appel à projet : environ 6.000m2 pour du maraîchage et 3.000m2 pour la tisanerie. J’aimerais mutualiser des équipements avec les nouveaux exploitants, par exemple un forage (coût de 5.000€) et aussi créer une coopérative citoyenne. Notamment en partenariat avec le  rayon vert/ qui va réaliser des ateliers avec son four à pain 8 fois par an.

Personnellement, je voudrais garder un équilibre entre mon activité de maraichage et mon job de formateur. Ne pas se laisser déborder, un challenge donc !

Y a -t-il des synergies possibles ou prévues avec votre voisin, de « Houblons de Bruxelles »?

Oui ! avec Christophe on pourrait s’allier pour être plus efficaces, notamment dans la commercialisation/communication commune, mais également avec David et ses moutons.

Où trouver les produits des Garçons maraîchers :

– sur le champ, en vente directe, à partir d’août: 15-17 rue Au Bois à Jette : tomates, salades, concombres, poivrons, aubergines, piments, …

– à l’épicerie Au rayon Bio à Jette

– au restaurant Bouchery à Uccle, et très bientôt dans d’autres restaurants à Jette.

– A Partir de 2021 chaque mercredi de 14h30 à 18h30 au marché durable « Jette Met » sur la place Cardinal Mercier

Avez-vous des conseils pour ceux qui veulent se lancer dans l’entreprenariat ?

Pour moi, quand on se lance dans un projet, le plus important est de bien s’entourer, de demander conseil au plus grand nombre. Il ne faut surtout pas avoir peur de parler de son projet !